Si on te disait que pour réaliser tes désirs, cela commencerait par penser différemment tes actions, le ferais-tu ? Après la lecture de cet article, tu auras en ta possession des outils pratiques pour influencer ta pratique sportive grâce à une amélioration de ta motivation. Cette notion découle de celle de mouvement. En latin, motive signifie le désir de bouger, opposé à celui de rester statique. Dans un contexte plus général, la motivation montre le niveau et la qualité des agissements qu’une personne réalise pour atteindre ses objectifs. Certains chercheurs ont essayé d’étudier les raisons de nos motivations, et particulièrement Abraham H. Maslow, qui est un pionnier dans l’étude de la motivation.
En observant les besoins humains, il a pu expliquer pourquoi la motivation dépendait d’une certaine hiérarchie et que certains besoins devaient être satisfaits avant d’autres. Dans son livre Motivation et personnalité, publié en 1954, il explique dans sa préface sur sa théorie de la motivation que lorsqu’un individu devient motivé par un besoin, c’est tout l’individu qui se mobilise pour chercher à le satisfaire. Lorsqu’une personne est affamée, c’est l’ensemble de l’organisme qui se tourne vers cet objectif : la mémoire (on se remémore notre plat préféré), la perception(on identifie plus facilement les sources de nourritures), les émotions (plus de nervosité présente), et même le flux de nos pensées changent (résonner logiquement devient plus difficile). Cette théorie de la motivation d’Abraham Maslow conceptualise prend une perspective holistique à l’étude du comportement humain. L’activité sportive fait partie du haut de la pyramide : c’est le besoin d’accomplissement de soi. Toutefois, il convient de souligner que depuis de nombreuses années, il est démontré qu’une activité sportive quotidienne est nécessaire au bon fonctionnement de notre organisme. C’est pourquoi, une partie de l’activité physique se trouve au début de la hiérarchie : c’est un besoin physiologique.
Dans le sport, et plus généralement dans chacune de tes actions, tu cherches à satisfaire un besoin qui s’exprime par un désir : avoir envie d’un burger, ou de brocolis, car tu dois te nourrir. Le désir de réussite dans le domaine sportif est un besoin d’accomplissement de soi, mais comment améliorer la motivation du pratiquant pour l’aider à s’épanouir ? Cet article explore quatre théories majeures expliquant les ressorts de la motivation. Celles-ci reposent sur la perception de tes propres performances (Weiner), le sentiment d'efficacité personnelle (Bandura), le degré d'intériorisation des motivations (Vallerand et Losie) ainsi que l'orientation vers des objectifs d'accomplissement (Nicholls).
Une première façon d’expliquer la motivation est en utilisant le modèle de Weiner (1972) sur l’attribution causale. Dans cette théorie, les actions d’un individu sont expliquées par sa perception des causes qui l’ont motivé à réaliser cette performance. Cette théorie explique pourquoi lorsque l’on demande à une personne d’expliquer les raisons de sa victoire ou de sa défaite, sa réponse dépendra des idées perçues par l’athlète.
Pour illustrer ce propos, prends deux pratiquants, identiques dans leur physiologie et leur entraînement, qui réalisent un muscle-up. Le premier pratiquant explique sa défaite par son manque de capacité, et que le muscle-up n’est pas un mouvement adéquat pour lui. Le deuxième pratiquant donne pour raison son manque d’entraînement et d’effort avec le mouvement. Les conséquences sur la motivation ne seront pas les mêmes. Le premier pratiquant risque de baisser les bras, alors que le deuxième redoublera d’efforts pour sa prochaine séance d’entraînement.
Ainsi, le modèle de Weiner repose sur deux dimensions qui permettent d'attribuer la relation de cause à effet perçue par un individu. Ces deux dimensions sont :
la stabilité de la cause,
et le lieu de causalité.
Pour une tâche dont la cause est stable, c’est un élément permanent et inchangeable, comme la génétique du sportif, ou la difficulté d’une course (dans une certaine mesure). Cependant, avec une tâche dont le lieu de causalité est interne, le résultat sera attribué à un élément intérieur au sportif, alors que pour un lieu de causalité externe, la dimension de contrôle sera assumée comme extérieure à l’athlète. Il y a donc quatres possibilités différentes d’attribution causale selon Weiner :
La cause vient de moi et est permanente (interne et stable) : l'habileté
La cause vient de l’extérieur et est permanente (externe et stable) : la difficulté de la tâche
La cause vient de moi mais elle peut changer (interne et instable) : l’effort
La cause ne vient pas de moi mais elle peut changer (externe et instable) : la chance
Bien que ce modèle soit très simple, il permet de tirer quelques conclusions importantes sur la façon dont tu attribues la cause d’un effet pour le développement de la motivation. Selon cette théorie, lorsque le lieu de causalité est interne et si la cause est perçue comme instable, il y a un potentiel d’amélioration qui se présente à toi. Contrairement au lien de causalité externe ou tu extériorise la cause de ta victoire ou de ta défaite en lui donnant un caractère permanent.
Pour conclure, il faut t’encourager à considérer ta défaite comme conséquence d’une malchance ou d’un manque d’effort plutôt que de ton habileté, sauf si tu perçois l’habileté comme changeante. Toutefois, ce n’est pas approprié de toujours intérioriser le résultat, mais dans un contexte sportif cela est bénéfique pour promouvoir le développement du pratiquant. C’est mieux de te croire au contrôle de ta propre destinée plutôt que d’être subjugué aux événements extérieurs. La prise de conscience de ta responsabilité envers tes actions est donc fondamentale dans l’acquisition et le développement d’une motivation robuste. Toutefois, tu dois pouvoir maintenir un niveau élevé de confiance en toi afin d'affronter les défis qui se présentent à toi.
Le chercheur Albert Bandura publia en 1997 un livre centré sur le concept d'auto-efficacité qui permit à de nombreux entraîneurs et pédagogues d’améliorer leur enseignement en renforçant la confiance en soi de leurs étudiants. Bien que la confiance en soi ne soit pas à proprement parler de la motivation, ces deux notions sont intimement liées. Le concept d’auto-efficacité est une forme de confiance en soi spécifique à une situation donnée, et il se résume en la capacité d’un individu à réaliser les buts qui lui sont assignés.
Pour développer cette compétence, tu dois croire que tu contrôles la situation et que tes actions sont réalisées intentionnellement. Tu sera motivé à réaliser à nouveau la tâche car tu penses contrôler ton succès. Bandura propose quatre éléments fondamentaux pour améliorer l’auto-efficacité :
Le succès passé via l’expérience active : la réussite d’une tâche renforce ta confiance pour la suivante.
La modélisation via l’expérience par procuration : en observant un autre réussir, cela renforce ton sentiment d’efficacité.
Encouragements et feedbacks : ils aident à maintenir l’effort.
La charge émotionnelle : l’attention et la rétention d’information dépendent du niveau d’excitation émotionnelle.
La théorie d’auto-efficacité de Bandura a été prouvée comme utile dans le milieu sportif par de nombreuses études. De plus, je fais l’expérience de ce modèle à travers ma propre pratique et mon enseignement du Mouvement. En effet, dans nos cours nous utilisons des phases d’entraînements de plusieurs semaines pour explorer, développer, et intégrer différents mouvements. A chaque début de cycle, l'étudiant reçoit de nouvelles tâches motrices à réaliser. Il doit apprendre de nouveaux mouvements en utilisant la démonstration de l’enseignant et en recevant un feedback, et des encouragements. Avec le temps, l’étudiant renforce sa confiance en soi, grâce à l’amélioration de son auto-efficacité. Pour ma part, je peux voir à quel point cette pratique du mouvement m’est bénéfique dans d’autres domaines car mon sentiment d’auto-efficacité et de confiance en soi avec l’entraînement s’est généralisé à la majorité de mes actions, notamment dans le domaine intellectuel. Comment mieux concevoir la notion même de motivation ?
Tu viens de parcourir deux modèles qui expliquent comment augmenter ton niveau de motivation par des moyens indirects. La motivation est une notion relativement vague au yeux du grand public, et pour mieux la comprendre, il convient de présenter la recherche de Vallerand et Losier (1999) sur un modèle hiérarchique de la motivation intrinsèque et extrinsèque. Cette théorie tente d’unifier toutes les précédentes pour expliquer comment développer et maintenir la motivation toute une vie durant. Le modèle propose deux facteurs permettant d’influencer la motivation :
environnement social et,
médiateurs psychologiques.
Ensuite, le modèle détaille la notion de motivation au sein d’une dimension : l’autodétermination. On distingue grossièrement trois types de motivation :
Amotivation : pas d’intention d’agir.
Motivation extrinsèque : récompense matérielle ou punition.
Motivation intrinsèque : agissement pour le défi, par pur volonté et décision volontaire. C’est le sommet de l’autodétermination qui pousse à plus de persévérance dans la performance. On agit sans motivation externe.
Un modèle plus évolué a été développé pour prendre en compte les aspects cognitifs sur la perception de la motivation pour une tâche. Selon La Théorie de l'Évaluation Cognitive élaborée par les mêmes auteurs, la motivation intrinsèque peut être diminuée si les éléments de motivation extrinsèque te contrôlent totalement. Toutefois, si tu perçois les récompenses comme le résultat d’un effort ou une compétence personnelle, alors la motivation extrinsèque peut promouvoir la motivation intrinsèque par le renforcement de l’auto-détermination et le sentiment d’être compétent. De nombreuses études ont validé les résultats de cette théorie. Ainsi, la motivation extrinsèque peut-être utilisée à bon escient pour augmenter la motivation intrinsèque. Comprendre comment discerner les bons leviers motivationnels requiert de l’expérience avec soi-même, et ses élèves.
La motivation dépend donc de plusieurs facteurs psychologiques et environnementaux de l’individu. Manipuler la perception du résultat, et renforcer son sentiment d’efficacité sont des moyens pour développer ta motivation dans une tâche. De plus, il est possible d’instrumentaliser la motivation extrinsèque au bénéfice d’une motivation intrinsèque, qui tend à promouvoir l’action à long terme. Cependant, il convient de citer une dernière théorie qui permet d’améliorer ses performances via un changement de perspective sur la perception de tes buts par rapport à ta construction mentale de toi-même : ton égo.
En effet, c’est un aspect fondamental de ton développement que de maintenir la motivation présente dans la pratique. Nicholl (1984, 1989) a développé une théorie sur les raisons de tes motivations. Ce modèle stipule qu’il existe deux façons d’orienter la perception de tes buts :
Orientée vers la tâche : tu t’améliores dans une tâche et tu te perçois de plus en plus capable ce qui te pousse à travailler encore plus dur. Tu t'intéresses à maîtriser le mouvement.
Orientée vers l’égo : tu t’'améliores dans une tâche si tu te perçoit meilleurs que les autres. C’est la comparaison aux autres qui te motive.
Selon de nombreuses études, l’orientation vers la tâche reste supérieure à celle de l’égo. Toutefois, l’orientation vers l’égo peut être bénéfique en combinaison avec une orientation vers la tâche.
L’orientation vers la tâche est une valeur fondamentale chez l’Artisan du Mouvement et plus généralement dans une Pratique du Mouvement car tu travailles pour la maîtrise d’une tâche en te concentrant sur les efforts continus qui te font t'améliorer de jours en jours. Cette perspective crée du plaisir dans le sentiment d’auto-efficacité et de confiance en soi.
La motivation est un élément essentiel dans le comportement humain. Elle joue le rôle de carburant pour tes actions car elle te pousse à agir dans un but précis. Comprendre comment initier, développer, et maintenir un niveau élevé de motivation ouvre la voie à de nombreuses opportunités, et c’est un levier important dans l’épanouissement de ton potentiel humain. La notion de motivation n’est pas clairement définie, mais de nombreux chercheurs ont réussi à identifier des moyens pour la promouvoir.
Le changement de perspective sur le résultat de l’action est un moyen efficace d'influencer tes agissements. En effet, lorsque la victoire ou la défaite dépendent de conditions variables, et internes, cela provoque un sentiment de contrôle sur ta performance. Il sera donc préférable de prendre tes responsabilités lors de la réalisation d’une tâche, et de réaliser que tu peux toujours mieux faire en fournissant de meilleurs efforts, ou en changeant la difficulté de la tâche. Bien entendu, il ne faut pas appliquer ce concept à outrance, et réaliser ce qui ne dépend réellement pas de toi, selon l’adage stoïque. En effet, ce qu’il faut retenir du modèle, c’est l’état d'esprit à appliquer dans l’entraînement “ je vais faire plus d’efforts, et m’entraîner plus efficacement pour réussir le muscle-up”. Bien qu’en réalité peu de choses dépendent de toi, il faut comprendre qu’il est préférable de le croire pour ton développement personnel : il vaut mieux être optimiste.
Pour mieux cerner le concept de motivation, il faut tenir compte de sa nature : le désir. Ainsi, le désir d’agir existe sous différentes formes et certains individus en possèdent plus. Chez ces personnes, il existe un haut niveau de confiance en soi. Le développement de la confiance en soi permet donc de maintenir un niveau élevé d’agissements. C’est pourquoi, cela nécessite la mise en place de tâches qui améliore ton sentiment d’auto-efficacité qui découle principalement du sentiment de réussite. Tu peux ressentir cette réussite grâce à des tâches simples, ou par l’observation d’autres praticiens aguerris. Ainsi, en créant un cercle vertueux de réussite, il est possible de renforcer sa confiance en soi, et de permettre un plus haut niveau d’investissement.
Ensuite, lorsque l’on s’attarde sur le désir d’agir en tant que tel, on peut différencier deux grands types de motivations, la motivation venant de l’intérieur et celle venant de l’extérieur. Pour un niveau soutenu de pratique, il convient de te pousser à s'autodéterminer par la promotion de désirs intérieurs, sans pour autant négliger l’utilisation de motivation extrinsèque avec le juste dosage.
En dernier lieu, le désir de réussite conçu en fonction de toi-même et non dans la comparaison à l’autre est supérieur, bien qu’il puisse de nouveau être judicieux d’instrumentaliser l’utilisation d’une comparaison à l’autre pour promouvoir ton état motivationnel.
Finalement, il est nécessaire d’alimenter ta motivation et de la maintenir bien nourrie pour continuer à agir avec efficacité, et pouvoir réaliser tes buts que tu t’es imposés. La pratique du mouvement offre un moyen concret pour promouvoir un état motivationnel plus élevé par le développement d’une plus grande confiance en soi, et en définissant ton regard sur tes victoires et tes défaites différemment. En appliquant ces éléments, tu peux espérer réaliser ton plein potentiel. C’est un des objectifs de l’Artisan du mouvement : développer tes capacités d’être humain.
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Références
Cox, Richard H, et al. Psychologie du sport. 2e édition, De Boeck, 2013.
Maslow, Abraham H. Motivation and Personality. 2nd ed., Harper and Row, 1970.
Mots-clés
Motivation sportive, Psychologie du sport, Confiance en soi, Objectifs de performance, Persévérance entraînement, Pratique du mouvement (Movement Practice) ,Culture du mouvement, Artisan du mouvement ,Discipline vs Motivation, Détermination, Motivation intrinsèque, Accomplissement de soi, Apprentissage moteur