Le contrôle de nos mouvements est un processus extrêmement complexe, qui fait appel à de nombreuses notions pour être compris, notamment en physiologie, biomécanique, neurologie, et même biologie évolutionnaire. C’est pourquoi, dans le but de mieux appréhender comment l’être humain contrôle ses mouvements, nous allons parcourir brièvement l’histoire évolutive de la vie sur Terre, et plus spécifiquement l’évolution du mouvement des êtres vivants.
En premier lieu, il convient de redéfinir la temporalité des événements lorsque l’on étudie l’évolution en général. Pour ce faire, il est utile de mettre en relation la durée de vie humaine, à celle de la Terre. En effet, on estime l’âge de la Terre à environ 4 milliards d’années, et celui des premiers Homo à environ 2 millions d’années. Afin de mieux apprécier cette différence, on peut ramener ces durées à une échelle humaine. En définissant une échelle de 1:100’000’000, la Terre aurait environ 40 ans. Les premiers signes de vie apparaissent lorsqu’elle a environ 35 ans. Les premiers poissons émergent il y a 5 ans, les reptiles il y a environ 3 ans, et les premiers mammifères autour de 2 ans. Quant aux premiers êtres humains, ils n’apparaissent qu’il y a environ une semaine. Ces comparaisons nous seront d’utilité pour cerner les aspects importants du contrôle moteur, faisant appel aux sens, aux muscles, et au cerveau pour effectuer les mouvements. Toutefois, initialement le mouvement des organismes vivants était plus simple car la vie sur terre n’était encore qu’à ses débuts.
Les premiers être vivants capables de se mouvoir sont des organismes unicellulaires. Ensuite, avec la complexification et l'assemblage de cellules différentes en un seul corps, les mouvements n’étaient que lents, et visqueux. Ces déplacements prenaient source des cellules contractiles elles-mêmes, sans l’utilisation de cellules excitables. Seulement plus tard, les animaux pouvant utiliser conjointement les cellules excitables et contractiles eurent un avantage énorme pour la survie, ce qui donna lieu au développement du système nerveux. Les être vivants pouvant sentir l’environnement, leur corps s’adapta pour avantager l’organisme dans la survie en différenciant l’entrée de nourriture de la sortie de nourriture. Toutefois, cette sensibilité n’était que primitive et se limita au toucher, à la composition chimique, et à la température. Ce n’est que plus tard que la vision, l’odorat, et l'ouïe se développèrent depuis cette sensibilité primitive. Cette nouvelle sensibilité donna lieu à un tout nouveau genre d’interaction avec l’environnement, car désormais l’organisme devint capable de sentir les changements dans l’espace à une plus grande distance. Ceci provoqua un besoin de bouger le corps dans sa totalité pour se mouvoir afin d’échapper à un prédateur, ou d’attaquer une proie. Les animaux ont alors dû développer des stratégies, et les premiers besoins de mémoires, intelligence, et agilité apparurent. S’ensuit une longue lutte entre les espèces pour la survie, et les organismes possédant les meilleures innovations furent les plus forts. Il est intéressant de noter les différences entre les espèces primitives, et celles plus récentes dans leur manières de bouger. Chez les espèces primitives, le mouvement s’effectue avant de pouvoir sentir l’environnement, alors que les espèces possédant les récepteurs sensitifs de longue distance sentent d’abord leur environnement, et ne bougent qu’ensuite. Comment sentons-nous notre environnement ?
Il existe cinq sens : vision, odorat, goût, ouïe et toucher. De plus, les scientifiques identifient deux sens supplémentaires : le système vestibulaire et le système proprioceptif. Les sens qui nous intéressent tout particulièrement sont le toucher, le système vestibulaire, ainsi que la proprioception. La vision joue également un rôle important lorsque l’on parle de contrôle neuromoteur, mais elle ne sera pas essentiel au propos actuel.
Le toucher est un sens qui véhicule des informations venant de l’extérieur du corps, mais aussi de l’intérieur du corps, notamment par rapport aux muscles et tendons. Ces différents récepteurs véhiculent constamment de l’information au cerveau, et l’intégration d’une multitude de ces récepteurs dans le système nerveux forme le sens de la proprioception. En effet, grâce à la multitude de signaux formant la proprioception, un mouvement peut être exécuté dans un but précis. Sans ces récepteurs, nous ne pourrions pas savoir la position de notre bras dans l’espace sans devoir le regarder. Toutefois, ces récepteurs ne peuvent pas nous orienter, car c’est le système vestibulaire qui s’en occupe. Le vestibule est une partie de l’oreil interne qui nous permet d’orienter notre tête, et d’être capable d’affirmer que nous sommes debout. Ainsi, les sens véhicules les informations essentiels pour l’organisme afin de se mouvoir.
Retournons à l'évolution du mouvement, et plus spécifiquement les dernières inventions des espèces animales pour augmenter leurs chances de survies. Quelles ont été ces innovations ? Le muscle strié est probablement la plus importante découverte faite par la vie sur terre. En effet, ce type de cellules contractiles augmenta la rapidité de mouvements et la force des espèces animales, donnant lieu à des besoins encore plus élevés de contrôle, et d’une structure résistante à cette puissance. Pour ce faire, deux innovations majeures furent utilisées par un grand nombre d'espèces : l’exosquelette des arthropodes (insectes, crustacés, etc.), et l’endosquelette des vertébrés (mammifères, oiseaux, etc.). Les Arthropodes n’ayant pas besoin de contrôler leur équilibre car c’est l’exosquelette qui répond aux besoins de stabilité, ne développèrent que peut leur système de contrôle, et furent limités dans leur développement comparé par rapport au vertébrés. Cependant, le développement des vertébrés ne s'est pas arrêté là, et le système nerveux n’a cessé de s’améliorer pour s’adapter aux nouveaux environnements que rencontraient les organismes en évolution. C’est pourquoi le passage de la vie aquatique à la vie terrestre fut un bond en avant dans la complexité de mouvement des espèces animales, et la nécessité de posséder des extrémités fut graduellement obtenue, d’abord par les amphibiens, puis par les reptiles.
Tu aimerais améliorer ta force et bouger avec plus d'aisance ? J'ai écris un article sur le sujet qui t'expliquera les méchanismes derrière le renforcement musculaire.
Les dinosaures ont peuplé une grande partie de la terre durant des millions d’années. Cette Terre était riche en plantes vertes, avec peu de compétition et un climat chaud, ce qui augmenta la prolifération d'espèces de très grande taille. Les plus grands dinosaures pouvaient mesurer jusqu’à 35 mètres de long environ. Cette taille énorme n’était toutefois pas un avantage lorsque les conditions environnementales devinrent imprédictibles. En effet, la transduction nerveuse dans un si grand corps prend plus de temps. De plus, ces animaux possédaient un sang froid, ce qui rendait la communication des nerfs au cerveau encore plus longue. Ces éléments, parmi d’autres, poussèrent les dinosaures à l’extinction, favorisant les mammifères. Ainsi, les espèces de mammifères qui purent survivre et évoluer au fil du temps ont vu leur système nerveux évoluer pour accommoder la variabilité des environnements hors de l’eau, et leurs contraintes.
Ce qui différencie principalement les mammifères des autres espèces possédant un endosquelette est leur cerveau, particulièrement le cortex cérébral. De plus, l’apparition d’une voie spéciale reliant le cortex aux cellules motrices de la colonne vertébrale augmenta la capacité de mouvement de ces organismes. En effet, des mouvements bien plus complexes apparurent, comme toucher, attraper, ou même lancer précisément. Chaque nouvelle invention évolutive vient répondre à un besoin de survie. En conclusion, l’élément essentiel pour beaucoup d'organismes leur permettant de survivre est de se déplacer dans l’espace. Ainsi, la structure du corps humain fonctionne dans le but de se mouvoir, et le système nerveux évolue pour accommoder des mouvements de plus en plus complexes que les espèces animales rencontrent.
C'est un point important à prendre en compte lors de l'élaboration de notre pratique sportive. En effet, la fonction même du système nerveux est l'adaptation d'une réponse à un stimulus. L'un des maux de notre époque est l'aliénation du travail, ce qui signifie des tâches trop répétitives et monotones, et les conséquences en sont désastreuses pour l'être humain car il n'a pas évolué dans un tel environnement. Le même schème se répète dans nos vies, sur de multiples plans : nos relations amicales et amoureuses, nos loisirs, notre travail, et même notre activité physique. C'est la notion même d'une habitude. Il est donc fondamental de viser à construire une pratique sportive qui s'alligne avec cette réalité, qui se déplace en permanence. Les Grecques le disaient déjà : l'Homme doit être en accord avec le Cosmos pour vivre la vie Bonne. En d'autres termes, cela revient à dire qu'une pratique sportive diversifiée est nécessaire si on veut pouvoir s'élever vers la Sagesse.
Tu as aimé cet article ?
Ne manque pas les prochains en t'inscrivant à la Newsletter
Références
Bernstein, Nicholai Dexterity and Its Development. L. Erlbaum Assoc., 1996.
Mots-clés
proprioception
système vestibulaire
biomécanique humaine
coordination motrice
perception du mouvement
adaptation du corps
mouvement et cerveau
contrôle neuromoteur
sens et mouvement